L'enlèvement de Japonais par la Corée du Nord

Les victimes d’enlèvement par la Corée du Nord de par le monde (2)

1.Enlèvement d’une Thaïlandaise

Hitomi Soga, victime d’enlèvement revenue au Japon avec son mari Robert Jenkins témoigne en 2005 qu’il y avait en Corée du Nord trois ex-militaires américains qui, comme Robert Jenkins, avaient déserté l’armée. Leurs épouses étaient toutes victi- mes d’enlèvement. Il s’agissait de la Thaïlandaise Anocha, la Libanaise Shiham et la Roumaine Doina.

En octobre 2005, les médias thaïlandais relaient largement les témoignages de Soga et Jenkins, ce qui permet à la famille d’Anocha de se manifester. En novembre de la même année, l’Association des Familles de Victimes d’Enlèvements par la Corée du Nord (AFVECN) et l’Association Nationale pour le Secours des Japonais Enlevés en Corée du Nord (ANSEJCN) viennent interroger la famille de la victime. Elles appren- nent les faits suivants :

  • Anocha a disparu à Macao en juillet 1978.
  • On l’aurait emmenée de force sur un bateau alors qu’elle guidait sur le rivage un • touriste qui se disait Japonais.
  • Sa famille est constituée de son père et de son frère.
  • Elle occupait le poste de masseuse thérapeutique dans un hôtel avant sa • • disparition.

Ces témoignages concordent parfaitement avec ceux de Soga et Jenkins. Le gouvernement thaïlandais demande alors aux autorités nord-coréennes de diligenter une enquête sur cette affaire, mais celles-ci leur répondent qu’il n’existe aucune femme correspondant à Anocha sur leur sol. La Thaïlande continue toujours de demander des comptes à la Corée du Nord.

2-Enlèvements de Libanaises

Avant même que Hitomi Soga ne témoigne, le cas de l’enlèvement de Shiham Shratiteh était déjà publiquement connu. En juillet 1978 Shiham, ainsi que trois autres jeunes femmes libanaises, se voient promettre un travail dans une entreprise japonaise, mais sont finalement emmenées en Corée du Nord. En 1979, deux d’entre elles parviennent à s’échapper alors qu’elles sont à Belgrade. Le gouvernement libanais exige alors de la Corée du Nord qu’elle libère les deux autres captives, ce qu’elle fait en novembre 1979. Cependant, Shiham, alors enceinte d’un déserteur américain qui avait fui en Corée du Nord et qu’elle avait épousé, décide de retourner dans ce pays et y vit depuis lors.

3- Enlèvement d’une Roumaine

Doina Bumbea, une jeune roumaine venue en Italie étudier l’histoire de l’Art, se voit proposer une carrière de peintre à Hong Kong ou au Japon en juillet 1978. Elle tombe dans ce piège et finit en Corée du Nord. Là, elle épouse un déserteur américain avec qui elle a deux enfants. À partir de 1984, elle partage le même appartement que Soga et Jenkins, et décède d’un cancer en 1997. Son père, roumain, et sa mère, russe, vivent tous deux en Roumanie. Les informations concernant Doina ont été transmises par le Japon aux autorités roumaines par les voies diplomatiques, mais à ce jour, aucun citoyen roumain disparu ne correspond à son signalement. Le gouvernement roumain s’est enquis auprès de la Corée du Nord au sujet de Doina, mais les officiels nord-coréens ont répondu que cette femme ne s’est jamais trouvée sur leur territoire.

4- Enlèvement d’une Roumaine

Le 2 juillet 1978, le jour de l’enlèvement d’Anocha, la jeune femme thaïlandaise, Hong Leng-ieng (20 ans) et So Moi-Chun (22 ans), deux Chinoises de Macao disparaissent également. Le même faux touriste japonais qui piégea Anocha aurait aussi fait disparaître les deux jeunes chinoises. Toutes deux étaient vendeuses dans une bijouterie à l’hôtel Lisboa.

D’autre part, l’actrice sud-coréenne Choi Un-hee, enlevée par la Corée du Nord en1978 et qui a pu s’échapper en 1986 a témoigné avoir été amie avec une Chinoise de Macao s’appelant Hong. En décembre 2005, l’ AFVECN et l’ANSEJCN viennent lui demander des précisions sur Hong Leng-ien avant de recouper ces informations avec la famille de la victime en janvier 2006 à Macao. Les associations confirment les points suivants:

  • La mère et le frère de Hong Leng-ieng sont à Macao.
  • Son père qui n’a pu s’enfuir à Macao avec le reste de la famille est resté en Chine.
  • Son père est professeur et sa mère couturière. Au lycée, Leng-ien pratiquait le
  • volley-ball. Elle renonça à l’université pour que son petit frère ait une chance d’y aller.
  • Elle travailla en tant que vendeuse dans une bijouterie tout en exerçant
  • une activité de guide touristique.
  • Elle avait 20 ans lors de son enlèvement.
  • Elle était de religion catholique.

5- Enlèvement de Françaises, d’Italiennes et de Hollandaises.

Les victimes libanaises qui ont pu s’échapper et revenir dans leur pays en 1979 ont été aussitôt interrogées par le gouvernement libanais. Le quotidien libanais <EL NAHAR> (un journal en langue arabe, photo de droite) en date du 9 septembre 1979, rapporte dans ses colonnes le témoignage des victimes sur les enlèvements d’Européennes.

« Après que nos passeports ont été confisqués, on nous a envoyées dans ce camp. Nous rece- vions une formation d’agent-espion par le biais d’activités comme le judo, le Tae Kwon Do, le ka- raté, mais aussi l’apprentissage de techniques d’écoutes clandestines. Dans le même temps, on nous lavait constamment le cerveau avec les doctrines de Kim Il-sung. Il y avait 28 jeunes femmes dans ce camp, venues d’Europe ou du Moyen-Orient. Parmi elles se trouvaient trois Françaises, trois Italiennes et deux Hollandaises. Il leur était impossible à toutes de se rebeller contre leurs ravisseurs.»

Voici un témoignage plus précis sur l’une des victimes françaises.

Article in « El Nahar »(Levanese newspaper)

Le témoignage de Choi Un-hee

« Un agent coréen envoyé en France se fait passer pour un riche héritier asiatique. il approche les jeunes femmes françaises et les séduit par ses signes extérieurs de richesse. L’une d’entre elles n’a pu résister à la tentation de l’argent et a accepté de se fiancer avec l’agent nord-coréen. L’invitant en voyage en Chine pour fêter leurs fiançailles, l’espion en a profité pour la ramener en Corée du Nord.

Une fois arrivé à l’aéroport de Pyongyang, cet espion s’est éclipsé et un autre est venu trouver la jeune française. Elle lui a alors demandé de l’aider à rechercher son compagnon mais il lui a répondu qu’aucune personne correspondant à son signalement ne se trouvait ici. Le nouvel agent l’a emmenée dans la « résidence des invités » et lui a fait laver le cerveau.»

Choi Un-hee a révélé qu’elle tenait ces informations d’un coiffeur autorisé à pénétrer à l’intérieur de la résidence des invités.

Le témoignage de Hyon-hui Kim

Hyon-hui Kim, l’ancienne espionne nord-coréenne responsable de l’attentat terroriste sur un vol de la Korean Airlines décrit dans ses mémoires sensiblement les mêmes propos que Choi Un-hee, qu’elle tient d’une femme qui travaillait dans la résidence des invités et qui s’occupait des victimes.

« Une jolie étrangère est arrivée récemment à la résidence. Elle m’a dit qu’elle avait été abusée par un agent nord-coréen qui l’avait emmenée jusqu’ici. Mais cet agent s’est volatilisé et la jeune femme n’a pas cessé de demander qu’on le recherche. On la bat tous les jours, en lui disant d’arrêter de dire des sottises.

6- Enlèvement d’une Jordanienne

Choi Un-hee a aussi rencontré en Corée du Nord une Jordanienne dont il est fort probable qu’elle fut l’une des victimes des enlèvements.

De décembre 1978 jusqu’au printemps 1979, je vivais à Pyongyang, dans la résidence No 4. Lors d’une promenade, J’ai échangé quelques mots avec une jeune femme d’une vingtaine d’années qui m’a dit qu’elle venait de Jordanie. J’ étais alors coiffée d’un bonnet en laine que j’avais moimême tricoté.

Par l’intermédiaire d’un des gardes de la résidence, elle m’a demandé dans quel magasin j’avais acheté ce bonnet. Je lui ai répondu que c’était moi qui l’avais fait. Par la suite je lui en ai tricoté un que je lui ai envoyé en cadeau. Pour me remercier, elle m’a fait parvenir un mouchoir en tissu pour Noël. »

7- Enlèvements de 4 Malaisiennes et d’une Singapourienne.

Le 20 août 1978, cinq femmes se font kidnapper à Singapour. Deux hommes prétendant être des Japonais demandent à une agence d’hôtesses cinq jeunes femmes pour venir agrémenter de leur compagnie une fête sur leur bateau. Ces jeunes hôtesses âgées de 19 à 24 ans ont disparu avec le bateau sans laisser de traces. Il s’agissait de quatre Malaisiennes : Yeng Yoke Fun (22 ans), Yap Me Leng (22 ans), Seetoh Tai Thim (19 ans), Margaret Ong Guat Choo (19 ans), et d’une Singapourienne : Diana Ng Kum Yim, (24 ans).

Le point commun entre l’affaire des enlèvements à Macao et celle de Singapour est que le suspect principal est un soi-disant Japonais. Lorsque la police singapourienne a montré son portrait-robot au dirigeant de l’agence d’hôtesses, celui-ci a affirmé qu’il ressemblait fortement au criminel qui avait enlevé les cinq jeunes femmes. Le 16 décembre 2005, le frère aîné de Yeng Yoke Fun a réclamé la libération de sa sœur lors d’une conférence de presse au siège de l’Association des Chinois Malaisiens(ACM).

Alors qu’elle était en Corée du Nord, Choi Un-hee a entendu dire d’une femme qu’un couple de Malaisiens vivait dans une autre résidence, mais il n’est pas certain qu’il y ait un lien quelconque avec cette affaire.

8-Contexte des enlèvements par la Corée du Nord dans 12 pays.

Les cas d’enlèvements perpétrés par la Corée du Nord dans le monde se concentrent sur la fin des années 70. 1978 est l’année confirmée des enlèvements des jeunes femmes de nationalité thaïlandaise, libanaise, chinoise, malaisienne et singapourienne. En ce qui concerne les enlèvements des Françaises, des Italiennes, des Hollandaises, de la Jordanienne et de la Roumaine, des témoignages indiquent qu’ils ont été commis vers la seconde partie des années 70, tout comme la majeure partie des victimes japonaises. En Corée du Sud, ce sont cinq lycéens qui ont été kidnappés sur les côtes sud-coréennes entre 1977 et 1978.

Ahn Myung-ji, ancien agent nord-coréen a lui déclaré : « Les enlèvements ont débuté dans les années 60, mais c’est devenu une affaire sérieuse à partir du milieu des années 70. En 1976, des directives ont été données pour que les agents reçoivent une formation leur permettant d’être considérés comme des locaux pendant leur infiltration. L’objectif était de ramener des étrangers en Corée du Nord pour les endoctriner. Les Japonais ont été la première cible, suivis des Sud-Coréens, des Arabes, des Chinois et des Européens. »

D’autres ex-agents nord-coréens ont livré pratiquement les mêmes témoignages qu’Ahn Myung-ji. Kim Jong-Il, le despote qui régna sur la Corée du Nord, est donc le principal instigateur de ces nombreux enlèvements d’hommes et de femmes de par le monde. Un terrorisme d’ État irrémissible.