L'enlèvement de Japonais par la Corée du Nord

Les recours des familles de victimes étrangères (non Japonaises)

Sukham Panchoi

(Frère aîné d’Anocha, Thaïlandaise enlevée par la Corée du Nord)

En novembre 1978, je reçois une lettre inattendue d’une bonne connaissance de ma sœur et je pars aussitôt à Bangkok la rencontrer. Celle-ci m’explique que ma sœur a disparu à Macao le 21 mai 1978, avec deux autres filles originaires de Macao. J’avoue que j’étais désemparé par cette nouvelle. Ma petite sœur avait été enlevée, mais pourquoi ? Qu’allait-on lui faire ? Elle qui n’a fait que 4 ans d’école primaire, quel intérêt ses ravisseurs avaient-ils de la kidnapper ? Je ne comprenais absolument pas. Cette incompréhension m’a envahie tous les jours. Cette année, j’ai appris par les notes de M. Jenkins qu’elle était en vie et bien portante.

U-yaong Choi

(Président à l’époque du conseil des familles de victimes de Corée du Sud)

Le 26 octobre 2005, pour fêter le 60e anniversaire de mon père, j’ai accroché un mouchoir jaune sur un pin près de la rivière Imjin. Cela a été diffusé par les médias sud-coréens et le mouvement des mouchoirs jaunes a commencé à se répandre un peu partout en Corée du Sud. Ce mouchoir jaune signifie « Je ne t’oublie pas et je t’attends ».

Du 8 au 12 décembre, lors de la conférence internationale sur les droits de l’homme en Corée du Nord qui s’est tenue à Séoul, le ruban jaune était à l’honneur. La Corée du Nord nous a reproché le port de ce ruban, en prétendant qu’il n’y avait aucune victime d’enlèvement sud-coréenne sur leur territoire. En décembre, lors du som- met Inter-Corées, nous avons mentionné les enlèvements mais la Corée du Nord nous a ignorés. »

M.C. Haidar

(Mère de Shiham, citoyenne libanaise enlevée par la Corée du Nord)

Shiham, ma fille enlevée par la Corée du Nord est rentrée au Liban en 1979. Je suis allée aussitôt à sa rencontre. J’étais vraiment heureuse de revoir ma fille, mais je l’ai trouvé en mauvaise santé et très fatiguée nerveusement. Tout en pleurant, elle m’a avoué qu’elle était avec un Américain et qu’elle enceinte de son enfant. Si elle fondait une famille et que son mari était bon avec elle, je ne pouvais pas ne pas la laisser repartir en Corée du Nord. Mais en lui donnant mon accord, j’ai compris que j’avais commis une grave erreur. Si j’avais su quel genre de pays était réellement la Corée du Nord, jamais je ne l’aurais laissée y aller de nouveau. La Corée du Nord a détruit la vie de ma fille. Ils ont abusé de son rêve, qui était de travailler à l’étranger pour m’aider à vivre confortablement. Ils ont brisé son existence, et la mienne dans le même temps. Mon rêve à moi, c’était de vivre avec ma fille après avoir pris ma retraite. Mais je suis toute seule au Liban maintenant. Shiham était ma fille unique. Mon souhait est de la retrouver, elle et son enfant. C’est tout. »

Mi-il Lee

(Présidente de l’Union des familles de victimes enlevées pendant la guerre de Corée.)

Le nombre de citoyens sud-coréens enlevés par la Corée du Nord pendant la guerre de Corée dépasse les 100 000. Kim Il-sung avait donné l’ordre de ramener en Corée du Nord des cerveaux du sud au moyen d’enlèvements pour tarir les ressources humaines en Corée du Sud. Depuis, la péninsule coréenne est devenue le théâtre d’une guerre froide intense. Cet état de tensions permanentes nous empêche de porter secours aux victimes d’enlèvement par la Corée du Nord pendant la guerre de Corée bien que nous puissions les identifier. Nous en éprouvons une immense frustration.

Le 27 avril 2006, je suis allée témoigner aux États-Unis avec la mère de Megumi Yokota lors d’une audition publique à la Chambre des Représentants. Le Japon est certes un pays qui exerce une forte pression sur la Corée du Nord, mais à mon sens, ce sont les États-Unis qui dans le monde sont les plus aptes à faire fléchir la Corée du Nord. Les graves crimes d’enlèvement perpétrés par la Corée du Nord ont commencé sous l’ère de Kim Il-sung à partir des années 50. Les enlèvements brisent les vies précieuses de leurs victimes ainsi que celle de leur famille. Ils représentent une violation des Droits de l’Homme impardonnable. »