L'enlèvement de Japonais par la Corée du Nord

L'enlèvement de Japonais par la Corée du Nord

Quand l’enlèvement de Megumi Yokota a été confirmé sur les bases du témoignage d’un ancien espion nord-coréen, 9 familles de victimes d’enlèvement se sont manifestées et ont rendu publics les noms de leurs proches disparus. Déterminées à agir pour leur porter secours, elles ont formé en mars 1997 L'Association des Familles de Victimes d’Enlèvement par la Corée du Nord (AFVECN)

Afin d’encourager les initiatives de cette association, des organisations de sou- tien se créent les unes après les autres dans chaque partie du Japon. En 1998, elles se rassemblent en une seule entité pour devenir National Association for the Rescue of Japanese Kidnapped by North Korea (AFVECN).

Avril 1997 voit la formation d’une cellule parlementaire non partisane ayant pour objectif de traiter la question des enlèvements et leur résolution. Outre ces organisations, des assemblées de gouverneurs (Assemblée pour le secours des victimes d’enlèvements par la Corée du Nord) et de députés (Comission de consultation nationale des assemblées régionales sur le problème des enlèvements ) sont venues récemment renforcer l’édifice du mouvement.

Au début, ces associations ont connu quelques difficultés pour convaincre l’opinion publique de la nécessité de leur action. Cependant, grâce à la mise en place de meetings, de rencontres publiques avec les personnalités concernées, ou encore de manifestations dans tout le pays, les Japonais ont réalisé l’importance du problème et demandent au gouvernement qu’il agisse pour rapatrier les victimes d’enlèvement par la Corée du Nord.

Sous la pression de l’opinion publique ainsi que celle des États-Unis par l’intermédiaire de son président Georges Bush qui en janvier 2001 inclut le régime de Kim Jong-il dans « l’axe du Mal », la Corée du Nord participe en septembre 2002 à un meeting nippo-nord-coréen traitant notamment de la question des enlèvements. Le pays reconnaît pour la première fois l’enlèvement de citoyens japonais qu’il avait nié jusqu’alors. Cependant, Kim Jong-il dissimule le fait qu’il était l’instigateur principal de ces enlèvements. Il se contente de déclarer : « Il n’y a que treize personnes qui ont été enlevées dont huit sont décédées. Je considère que cet incident est clos ».

L’opinion publique japonaise ne se satisfait pas de ces déclarations et le gouvernement japonais ne met pas en application le traité de Pyongyang qu’il a signé avec la Corée du Nord, ce qui a pour effet immédiat de suspendre les efforts de normalisation des relations diplomatiques entre les deux pays.

En octobre 2002, la Corée du Nord laisse partir au Japon les cinq ressortissants japonais qu’elle détenait sur son territoire, mais tient à ce que ces personnes reviennent. Le gouvernement japonais refuse ce marchandage et obtient deux ans plus tard, le retour au Japon de la famille des cinq victimes. Malheureusement, il reste encore des Japonais retenus en Corée du Nord qui attendent toujours d’être secourus.

L’AFVECN et l’ANSJECN enquêtent sur les documents ainsi que sur les preuves physiques fournies par les autorités nord-coréennes pour attester le décès des huit japonais dont elles avaient parlé lors du dernier sommet avec le Japon. Tous sont des faux. La Corée du Nord finit par l’admettre lors du sommet nippo-nord-coréen suivant sans toutefois donner des explications satisfaisantes. Les deux associations estiment que les négociations diplomatiques avec le régime dictatorial de Kim Jong-il ne suffiront pas à ramener les victimes chez elles. À partir de juillet 2003, elles demandent au gouvernement japonais d’appliquer des mesures de rétorsion envers la Corée du Nord.

En l’espace d’un an, deux tiers de l’opinion publique pensent qu’il est nécessaire de prendre des sanctions contre la Corée du Nord. Dans toutes les enquêtes menées par la suite, ce taux dépasse les 80%. C’est la première fois depuis l’aprèsguerre que la population japonaise souhaite que des mesures soient prises contre un pays étranger.

En septembre 2006, le cabinet du premier ministre Abe met en place la « Cellule dédiée à la question des enlèvements ». Cette cellule sera aussi présente dans les gouvernements suivants issus du Parti Libéral Démocrate ou du Parti Démocrate du Japon.

Après la mort de Kim Jon-il, de nombreuses personnes de Corée du Nord ont proposé à la vente des données confidentielles incluant les informations détaillées des 2 100 000 habitants de Pyongyang. Nous avons nous-mêmes pu obtenir quelques informations sur l’existence des victimes d’enlèvement, et nous pouvons dire qu’elles sont en vie. Constatant que la Corée du Nord a bien été forcée de reconnaître ses deux mensonges, à savoir « il n’y a eu que 13 Japonais kidnappés » et « huit victimes d’enlèvements sont décédées », L’AFVECN et L’ANSJECN poursuivent leur mouvement populaire pour récupérer toutes les victimes restées en Corée du Nord. Une pétition à été lancée et compte déjà plus de 10 millions de signatures.